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Une promenade au fil de la Mayenne

Vie de poète - Robert Walser, 1917

(Traduction de l'allemand par Marion Graf)

Série de promenades d'été au bord de la rivière Mayenne, depuis sa source à la Noë Foumagère - au pied du mont des Avaloirs - jusqu'à Ménil, au sud du département.

Le bac sur la rivière Mayenne à Ménil, août 2017

L'ouvrage qui accompagne mes pas, Vie de poète, est un livre d'une fringance lumineuse, recueil de vingt-cinq récits de promenades vécues, écrites puis réunies par leur auteur au début du siècle dernier. Pour qui veut éprouver la palpitation de la nature, percevoir la luminance des ciels et des eaux, se rendre la beauté accessible au pas de sa porte, je ne connais pas de meilleur guide que Robert Walser.

Lieu-dit La Noë Foumagère, naissance de la rivière Mayenne, août 2017

L'écriture de Walser a le rythme des balades, l'amplitude de la marche et la scansion des instants saisis sur le vif - le rire des gamins moqueurs, les mouvements de la lumière, la densité des couleurs, les vacillements de l'air, la silhouette des vieilles demeures.

La phrase suit les gambades de ce promeneur fantasque qui n'a que la légèreté des vêtements et la frugalité des repas pour disciplines - une légèreté sans candeur, qui se refuse presque toujours à la gravité et à la nostalgie. Walser, c'est la promenade érigée en art de vivre, c'est un dandysme de la simplicité.

Je vous livre ici des extraits de "Voyage à pied", la première des promenades de Vie de poète et le premier texte de Walser qui me fut donné de lire, un soir de février, alors que j'attendais les prémices du printemps.

Le chemin de halage au bord de la rivière Mayenne, à Houssay, août 2017

Il y a bien des années, cela me passe par la tête, j'entrepris, c'était l'été, mon premier voyage à pied, et je me souviens que je vis toutes sortes de choses curieuses et magnifiques. Pour tout équipage, j'avais un vêtement clair et bon marché sur le corps, un chapeau bleu foncé sur la tête et un baluchon à la main. Cousues dans la poche de ma veste, sous la forme d'un chèque impeccable, j'emportais mes économies dans le monde frais, vaste et lumineux. Chemin faisant, je rencontrai une petite troupe de gamins délurés dont l'un me lança, moqueur : "Mais où va-t-il donc, ce long type avec sa petite musette ?"

La rivière Mayenne à Sept-Forges, août 2017

Sans me soucier beaucoup de ces sarcasmes, qui ne pouvaient avoir aucune espèce d'importance, je poursuivis ma route avec entrain, et tout en allant de la sorte, il me sembla qu'avec moi, c'était, dans sa rondeur, le monde tout entier qui bougeait imperceptiblement. Tout avait l'air de marcher avec le marcheur : prés, champs, forêts, labours, montagnes, et jusqu'à la route elle-même."

Le chemin de halage au bord de la rivière Mayenne, août 2017

Je me sentis alors l'esprit divinement libre et le cœur content. J'allais d'un pas hardi, dégagé en même temps que vif, passant devant toute sortes de gens qui me saluaient parfois aimablement, moi, jeune et fringant voyageur, vagabond vagabondant, ce qui m'obligeait à être poli à mon tour. Est-ce qu'une gentillesse n'appelle pas l'autre ?"

La rivière Mayenne à Montflours, août 2017

Je me rappelle quelque chose de mouillé, de brumeux, de frisquet : ce sera le petit matin qui m'humectait de toute son humidité ; et juste après, quelque chose de brûlant, de blanc et de vert : c'était l'heure de midi avec la poussière de la route et la lumière du soleil, sèche, claire, aveuglante sur les vertes prairies." 

La rivière Mayenne à l'écluse de Bavouze, août 2017

Un certain temps, je longeai une rivière, puis ce fut une région montagneuse. Des collines vinrent à ma rencontre, avec des châteaux en ruine perchés sur les hauteurs. Variété et monotonie alternaient de bon cœur, villes, châteaux forts, montagnes, vallées et villages isolés. Cela dévalait au fond d'une gorge étroite, ténébreuse, sauvage, froide ; ressurgissait inopinément de la solitude et de l'étroitesse rocheuse, fuyait sous forme de plaine ou scintillait et souriait en tant que pimpante rivière bleue, ou encore, cela se dressait dignement et vaillamment sous la forme d'une forêt grave, ingénue, verte, pour replonger brusquement vers le haut en tant que montagne ombrageuse."

La rivière Mayenne et le château de La Porte, à Ménil, août 2017

Quelque chose d'étrange et d'aventureux allait de pair avec quelque chose de beau, de recueilli, et vers le soir, la clarté de midi se muait en une pénombre mystérieuse, délicieuse, très bienfaisante, et la chaleur en fraîcheur douce et agréable."

Église de Ménil, août 2017

Ô, quelle joie saine, bienfaisante, procure la marche. Il n'y a de joies véritables que celles qui sont innocentes."

Marronniers d'Inde au bord de la rivière Mayenne, août 2017

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